Comment le maitre mauvais-élève prépare-t-il sa classe ?

Ce texte, au titre jouissif, est passé sur la liste de diffusion mail de l'ICEM (des pédagogues Freinet, en gros), qui fait référence à un autre texte, de Jean Astier, celui-là, paru sur le site de la même association. Ca reste du texte de prof, avec ses dimensions intellectuelles, voire intellectualistes (ça manque de coups de pelle et de majeur levé, donc) mais assumer d'être un mauvais élève, c'est plaisant… A noter que j'ai bidouillé la mise en page.


Comment un maître-mauvais-élève prépare-t-il sa classe ?

Je suppose que beaucoup de participants de cette liste ont fait leur miel du texte de Jean Astier, publié récemment sur la liste ICEM. Il y parle de “maître-mauvais-élève”, au sens où - souvent - un maître “Freinet” ne répond pas très conformément aux attentes de sa hiérarchie.

Par exemple, en matière de cahier-journal ou de préparations, en bonne et due (à qui ?) forme.

Pour mémoire, l'obligation d'avoir un Cahier-Journal a été abolie par un ministre de l’Éducation Nationale assez connu qui la trouvait infantilisante. Un certain Jules Ferry. Pas moins.

Par ailleurs, on pourrait, grosso modo, décrire ainsi une trajectoire vers la Pédagogie Freinet (j'aime bien dire “la” Pédagogie Freinet même si certains points de cette trajectoire paraissent s'exclure):

* Pédagogie traditionnelle archétypale : alternance 'leçons - exercices d'application'

* Pédagogie traditionnelle avec différenciation : les meilleurs font toute la page d'exercices, les plus…“lents” ne finissent pas le premier exo

* Pédagogie individualisée, type 'conspéd' : les enfants ont un plan de travail (individualisation !) sur lequel il y a la même chose pour tout le monde (exercices N°4, 5, 6 page 42). Il y a des plages, dans l'emploi du temps de la classe, prévues pour ce T.I. Les enfants doivent faire le boulot mais ils ont le choix dans la date (désolé).

* Pédagogie individualisée-type 'conspéd', avec différenciation (les ceintures jaunes ne feront pas l'exercice n°6)

* Pédagogie individualisée : certains outils permettent à chaque enfant de travailler à son propre niveau (type fichiers PEMF)

* Pédagogie individualisée avec quête d'autonomie - introduction à l'auto-correction (type fichiers PEMF) et à l'entraide pour s'approprier le processus et en profiter pour se coformer.

* Outils de personnalisation : texte libre, calcul vivant, recherche maths, exposés d'enfants… Le maître a déjà choisi d'abandonner beaucoup de temps de leçon frontale. Du coup beaucoup d'apprentissages échappent à sa programmation. Voire adviennent sans qu'il sache comment ! Cependant, il filtre la vie qui entre en classe, en ne gardant que ce qui va servir le programme. Ou il se débrouille pour manipuler l'événement pour que ça y entre, dans le programme. Le plan de travail individuel ménage des espaces vierges pour prendre en compte les projets de l'enfant. * Le maître observe que la méthode naturelle est déjà à l’œuvre et que les apprentissages acquis parce que nécessaires à la bonne réalisation d'un projet sont bien plus ancrés que ceux qu'on doit à une leçon+exo ou à un fichier, aussi bien conçu soit-il. Freinet parlait de “Techniques de vie”. Il se rassure en pointant ceux-ci sur un référentiel. Le plan de travail est moins formel. La classe a besoin d'un plan de travail collectif. Il y a de plus en plus de plages 'vierges' dans l'emploi du temps de la classe.

* Le maître aide à organiser le temps et l'espace, afin que la méthode naturelle puisse œuvrer aussi souvent que possible : créations de tous ordres (parlées, dansées, mathématiques, plastiques, littéraires, scientifiques…). Le plan de travail est de plus en plus prévu pour coordonner les projets individuels et collectifs. Pour certains enfants, il devient superflu. Le maître a compris que le programme est bien trop limitatif. Une personne qui vient passer une demi-journée dans la classe ne comprend rien à ce qu'il s'y passe, s'il ne vient pas avec une curiosité bienveillante (surtout s'il cherche un cahier-journal et des progressions !)

* L'école n'est plus une institution mortifère mais un point de rencontre plus ou moins formel de désirs d'apprendre par soi-même mais ensemble afin de se forger ses leviers pour changer le monde. Rien que ça. L'institution 'école' ayant vécu, resteront des murs, ma foi, assez pratiques pour y faire plein de choses, y compris apprendre. On pourrait même garder le mot 'école', ça rassurerait plein de gens et c'est un joli mot.

@ suivre…

Bien sûr, autant de maîtres, autant de trajectoires différentes et de bonds en avant et de rétropédalages. Et je n'ai voulu évoquer que l'organisation des apprentissages dits scolaires. Il y en a tant d'autres dans une vie, sociale, d'enfant ! Je ne sais pas bien à quel moment de cette trajectoire, je me suis autorisé à parler de Pédagogie Freinet, ni à quel moment je l'ai quittée, si je l'ai quittée. Freinet a écrit un truc pas mal pour caractériser cette notion de trajectoire. Il a lister un certain nombre d'invariants. C'est pas long et bien utile quand on cherche à se positionner.

Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? (Paul)

Phillipe Bertrand


NB: et la péda de type “consped'”, aucune idée de ce que c'est, par ailleurs…