Des ultras, des fleurs, des LGBT, une anecdote rapportée par Pinar Selek

 

800px-Supporters_de_Beşiktaş_JKHier, Pinar Selek*, une militante turque qui bosse sur les questions de genre, de féminisme et, entre autres d’écologie (et qui, très peu accessoirement, est sociologue) a enfin été acquitée par la cour de cassation de son pays. Elle risquait, quand même, de finir ses jours en taule pour avoir eu le malheur d’étudier scientifiquement des personnes qui n’ont pas l’heur de plaire au gouvernement turc: LGBT, Kurdes, prisonniers, etc…
Et c’est une sacrée bonne nouvelle, même si elle ne peut toujours pas rentrer chez elle (la justice est retorse).

Elle était à Lyon, hier, pour une conférence à propos d’un de ses bouquins sur la patriarcat et la manière dont tout est fait pour inciter les hommes (et les femmes, bien sur, dans une autre mesure) à intégrer la domination masculine. Elle y a raconté, notamment, un évènement, pas aussi anecdotique qu’il en a l’air, survenu pendant le mouvement social centré autour de la place Taksim, à Istanbul. J’ai pas pris de notes, j’ai perdu certains noms et certains détails, mais l’essentiel est dessous.

Parmi les nombreux individus et collectifs actifs dans ce mouvement, deux étaient très dynamiques: des militants et militantes LGBT**, un groupe de supporters d’un des clubs de foot de la ville (Besiktas, il me semble). Pendant que ça frittait avec les flics, ils sont pu s’observer, se voir agir, se soutenir, même, probablement. Et, une fois la tension redescendue, les gars du club de supporter sont allés au local LGBT avec un énorme bouquet de fleurs, un peu emmerdés, pas très à l’aise, en expliquant qu’ils voulaient s’excuser. Jusqu’à présent, dans les tribunes, ils braillaient sans arrière pensées des « PD ! » à l’équipe adverse, et ils se sentaient un peu cons, maintenant. C’est que les militantes et militants LGBT étaient pas les derniers à aller à la baston, l’air de rien, et qu’ils n’avaient pas laissé leur courage à la maison, quand ils s’agissaient d’affronter les bleus.
Ils ont fait une promesse, du coup: ils arrêteraient d’utiliser « PD » comme une insulte, à partir de maintenant.

Ca devait être beau, ce moment, ça m’empechera pas le sexisme d’être encore parfois présent dans leur actes, leurs mots ou leurs pensées, sans doute. La déconstruction de ce qu’une vie et une culture vous fourre dans le crane prend du temps, même avec beaucoup de bonne volonté.
Mais c’est beau, vraiment. De l’humilité, chez des gens qu’on imagine pas comme ça au premier abord, de l’ouverture d’esprit, de la tolérance, et même, mieux, de l’acceptation de la différence.

Les luttes sociales sont une école de la vie intéressante, encore une fois…

 

* En tant que personne, j’ajouterai que c’est quelqu’un de vraiment agréable. Les quelques dizaines de minutes où, mélangés à des gens de son comité de soutien, on a pu discuter, avant et après la conf’, étaient d’une simplicité maginfique. Elle gagne à être connue, vraiment.

** Lesbiennes/Gays/Bi/Trans

 

Crédits photos: Wikimedia commons, Virage de supporters de Besiktas.

 

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